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RAPPORT
DU PRESIDENT
Rapport
du Président en format PDF (160 Kb)
Au terme de l’année 2008, au lendemain
de la Conférence de Lyon et à l’approche
de l’échéance statutaire des cinq
premières années du Fonds, les responsabilités
que j’exerce comme Président du FSN me
conduisent, dans le prolongement des discussions de
notre dernier Conseil de Fondation réuni à
Lyon le 25 novembre 2008, à vous présenter
sans fard la situation réelle du FSN et à
vous poser la question de sa pérennité.
Notre
Conseil de Fondation de Lyon avait été
précédé par la demande de Son Excellence
le Président de la République du Sénégal,
M. Abdoulaye Wade, exprimée au nom des membres
fondateurs ralliés par lui au FSN, de voir le
Secrétariat exécutif du FSN se consacrer
davantage à des actions concrètes comme
la collecte d’ordinateurs, à réduire
ses frais de fonctionnement et ses déplacements.
Cette demande émanait de celui qui, après
avoir joué un rôle éminent dans
la promotion de l’idée de solidarité
numérique, avait pris l’intiative de proposer,
il y a cinq ans, la création de ce Fonds ; elle
reflétait aussi les préoccupations de
la plupart de ses membres fondateurs.
Le
Président Abdoulaye Wade était arrivé
à la conclusion qu’il était nécessaire
de réorganiser l’exécutif du Fonds.
C’est pourquoi, il a demandé à Lyon
personnellement, puis publiquement et avec toute l’autorité
morale que nous lui reconnaissons, la démission
du Secrétaire exécutif afin de faciliter
la réorientation du Fonds de solidarité
numérique. Le Secrétaire exécutif
n’a pas cru devoir répondre positivement
à cette demande, annonçant qu’il
quitterait ses fonctions le 31 mars 2009, provoquant
ainsi une situation de blocage et d’affrontement
qui a conduit à la convocation de la réunion
extraordinaire à Bamako.
Cette
situation est d’autant plus grave qu’elle
est le reflet de dysfonctionnements profonds et permanents
du FSN dont la non résolution pose la question
de la pérennité du FSN.
Une
crise de stratégie
Le
secrétariat du FSN a consacré depuis le
début une part importante, voire essentielle,
de son activité et de ses moyens à la
promotion d’un financement innovant spécifiquement
dédié à la réduction de
la fracture numérique au travers d’une
« contribution de 1% de solidarité numérique
» donnant droit à un label de solidarité
numérique et destiné à fournir
les ressources permettant de financer les projets recueillis
et validés par le Fonds.
Lorsque
j’ai pris la présidence du FSN, à
la suite de la confiance que vous m’avez manifestée
et à la demande de MM les Présidents Abdoulaye
Wade et Nicolas Sarkozy, j’ai pleinement endossé
le programme et le calendrier de promotion du «
1% de solidarité numérique » proposé
par le Secrétariat exécutif pour l’année
2008 censé se conclure au Sommet de Doha par
une convention internationale mobilisant tous les Etats
et rendant enfin effectif ce principe.
Pour
le cas où nos efforts ne seraient pas couronnés
de succès, et pour inscrire des actions de solidarité
à l’actif de l’année 2008,
j’ai aussi oeuvré pour que le FSN parallèlement
à cette promotion diplomatique du 1% fasse la
preuve de sa capacité à concevoir, engager
et mettre en œuvre des programmes d’actions
contribuant à réduire la fracture numérique
et suceptibles de mobiliser des financements ad hoc.
Aujourd’hui
il est clair que le principe du 1% de solidarité
numérique est en échec
•
Il a certes été obtenu que de nombreuses
résolutions internationales saluent ou préconisent
le 1% de solidarité numérique. Mais force
est de constater qu’aucun pays -à l’exception
du Sénégal (qui a voulu donner l’exemple)-
n’a appliqué ce principe.
Les
pays industriels et plus particulièrement les
pays européens -à l’exception de
la France- ainsi que la Commission Européenne
qui avaient manifesté leur scepticisme à
l’égard du 1% de solidarité numérique
et leur hostilité à la création
du FSN restent sur la réserve. Et l’on
peut même dire que leur observation de l’action
menée par le FSN n’a fait que renforcer
leur prévention, comme nous l’avons constaté
à l’occasion de la préparation de
la Conférence de Lyon.
Cet
échec est d’autant plus regrettable que,
tant ces pays que la Commission européenne sont
disposés à être d’actifs partenaires
d’un FSN tourné davantage vers des projets
concrets que vers une revendication d’adhésion
au 1% de solidarité.
•
Le FSN n’a pas obtenu de meilleurs résultats
avec les collectivités territoriales (à
l’exception des villes de Genève et de
Lausanne), les organismes publics (à l’exception
des Hôpitaux universitaires de Genève et
de Lausanne) et les grandes entreprises qui n’ont
à ce jour apporté aucune contribution
au FSN de par leur mise en œuvre du « 1%
de solidarité numérique ».
•
Cet échec est d’autant plus patent que
le 1% de solidarité numérique est par
nature une contribution volontaire dont le secrétariat
exécutif souligne qu’elle n’est contraire
ni au droit international, ni aux règles de l’OMC,
ni aux codes des marchés publics. Rien ne s’opposait
donc (à l’exception peut être de
l’Union Européenne où l’analyse
juridique commandée par le Secrétariat
est contestée), à la mise en œuvre
du 1 % de solidarité numérique.
Cet
échec reflète le fait que les collectivités
publiques comme les entreprises préfèrent
être associées au financement d’actions
concrètes plutôt que de contribuer de façon
impersonnelle aux actions d’un Fonds qui recueillerait
leur contribution.
Une impasse financière
L’absence
de mise en œuvre effective du 1% de solidarité
numérique conduit aujourd’hui le FSN dans
une impasse financière.
Les
ressources collectées en 2008 au nom du «
1% de solidarité numérique » se
sont montées à 13 649 Francs suisses.
Ce chiffre dérisoire représente moins
de 1% du budget de fonctionnement de notre Fonds qui
a atteint la même année 1 477 000 FS.
Rappelons
que ceci se fait en violation des statuts du Fonds (article
19-1) qui limitent à 6 % maximum la part du budget
qui devait être consacrée au fonctionnement.
Cet
échec aujourd’hui est l’échec
d’une stratégie qui a voulu identifier
le FSN à la promotion de la collecte du 1% de
solidarité numérique.
Il
est absurde de vouloir dissimuler cet échec derrière
on ne sait trop quel conflit entre deux visions inconciliables
du développement. Il va de soi que le Président
du FSN comme les membres du Conseil de Fondation se
réjouiraient de voir la contribution du 1% de
solidarité numérique appliquée
largement et remplir les caisses de notre Fonds permettant
à celui-ci de financer de nombreux projets conformément
à sa mission. Ce n’est hélas pas
le cas.
Vouloir
poursuivre à l’identique l’activité
du FSN pour l’année 2009 -et sans doute
pour les années suivantes- dans l’espoir
de voir un jour les pays industrialisés changer
de position au regard du 1% de solidarité numérique
grâce aux efforts déployés à
grands frais par le FSN constitue à mes yeux
une fuite en avant au demeurant impossible à
soutenir financièrement.
Les
membres actuels du Conseil de Fondation comme d’éventuels
nouveaux membres qui pourraient être sollicités
doivent être informés clairement de l’usage
qui est fait de leurs contributions.
Poursuivre
dans cette direction, serait pérenniser un système
où les contributions des nouveaux adhérents
sont aussitôt englouties dans les frais de fonctionnement
du FSN.
Poursuivre
dans cette direction, serait trahir les missions et
les statuts du FSN, et même à mes yeux
les règles élémentaires de l’honnêteté
au regard des nouveaux membres issus le plus souvent
de pays qui attendent légitimement un retour
significatif de projets en contrepartie de leur contribution.
Au-delà
de ces observations, on peut aussi douter qu’en
maintenant le cap d’une telle politique les sommes
à recouvrir puissent l’être et que
de nouvelles adhésions puissent être obtenues
à la hauteur des besoins de fonctionnement du
FSN. (Il est d’ailleurs révélateur
qu’à ce jour aucun budget crédible
pour 2009 n’ait été proposé
par le secrétariat exécutif malgré
les demandes réitérées du Président).
De
graves dysfonctionnements
Au
surplus, cette crise stratégique et financière
du FSN se double de graves dysfonctionnements.
Le
projet affiché par le Secrétariat exécutif
du FSN est celui d’une organisation internationale
gérant « plusieurs milliards » de
ressources grâce à l’application
du 1 % de solidarité numérique et avec
des statuts où « les pouvoirs sont concentrés
entre les mains d’une seule et même personne,
le secrétaire exécutif ».
Sans
disposer, ni de la légitimité statutaire
ni des ressources financières d’une telle
organisation, notre secrétariat exécutif
a le plus souvent calqué son comportement et
son train de vie sur ce modèle, dans une situation
de large autonomie favorisée par un Comité
exécutif dispersé et lointain et la situation
d’un Président sans pouvoir direct.
De
son côté notre Conseil de Fondation, n’a
jamais réellement fonctionné en conformité
avec les statuts du FSN.
Sa
composition, prévue à l’article
8 sous forme de 3 collèges composés à
part égale par les gouvernements nationaux, les
entreprises et le bloc société civile-
pouvoirs locaux n’a pas reçu d’application.
Sans doute parce qu’elle est inapplicable dans
les faits.
Aujourd’hui
au sein du conseil de fondation, selon des règles
mal définies, se côtoient des Etats, quelques
collectivités territoriales, des représentants
non définis de la société civile
et une seule entreprise privée. Certains membres
ont apporté une contribution de 300 000 euros
et plus, d’autres moins, d’autres des promesses
de contribution et d’autres enfin aucune contribution
du tout.
S’agissant
de la représentation des entreprises il est d’ailleurs
surprenant alors que tant de grandes entreprises, notamment
celles réunies par le GAID, œuvrent pour
la solidarité numérique, qu’aucune
d’entre elles n’ait rejoint le FSN et que
celles-ci soient représentées par une
petite entreprise suisse qui s’est manifestement
davantage servie du Fonds pour assurer sa notoriété,
qu’elle n’a servi le Fonds sauf à
promettre de contribuer financièrement…
le jour où elle aura des recettes commerciales.
Il va de soi qu’une telle représentation
des entreprises privées nuit à la crédibilité
du Fonds auprès des grandes entreprises qui sous
des formes diverses contribuent déjà à
la solidarité numérique et qui pourraient
rejoindre le FSN.
Une
restructuration devenue quasi impossible
Au
lendemain du succès de la Conférence de
Lyon et malgré ces problèmes, j’ai
néanmoins pensé que l’activité
de notre Fonds pouvait et devait être poursuivie.
Que ceci était possible à condition de
réorienter, restructurer et réorganiser
le FSN.
Les
actions menées au cours de l’année
2008 dans le domaine de la santé de l’éducation,
de la collecte et du recyclage des ordinateurs ont prouvé
qu’il est possible de faire vivre l’idée
de solidarité numérique autour de projets
concrets recueillant des financements ad hoc.
La
conférence de Lyon, organisée avec l’Agence
mondiale de solidarité numérique, a montré
ce que peut être une solidarité numérique
de projets. Elle a permis de jeter les bases d’un
réseau mondial des acteurs de la solidarité
numérique.
Poursuivre
l’activité du FSN suppose :
•
une réduction drastique de ses frais de fonctionnement,
le transfert de son siège dans un pays acceptant
de prendre en charge un secrétariat réduit
tout en maintenant une antenne diplomatique à
Genève. L’essentiel des ressources du FSN
étant alors consacrées à l’action.
•
le transfert, tant pour des raisons d’efficacité
que d’allocations optimum des moyens du FSN, de
la défense de la cause de la solidarité
numérique dans les enceintes internationales,
aux pays fondateurs et à leurs diplomaties.
•
le rapprochement du FSN avec l’Agence Mondiale
de solidarité numérique et la dévolution
à cette agence tant pour des raisons d’efficacité
que d’économie, de la mise en œuvre
de programmes et d’actions impulsés par
le FSN. Ce rapprochement a d’ailleurs été
demandé par les participants à la Conférence
de Lyon qui en ont fait un point central de leur Déclaration.
Or,
cette réorientation, cette restructuration, cette
réorganisation et ce rapprochement avec l’Agence
Mondiale de Solidarité Numérique ont été
rendus impossibles compte tenu du manque de coopération
et même de l’hostilité du Secrétariat
exécutif du FSN marqués par de nombreux
faits.
1/
Le refus de tout rapprochement avec l’Agence Mondiale
de Solidarité Numérique exprimé
par le Secrétariat dans une lettre, adressée
de surplus directement aux membres fondateurs, et ce,
alors que ce rapprochement avait été demandé
dans le rapport présenté par le même
secrétariat, acté lors de notre dernier
Conseil de Fondation après avoir été
inscrit à sa demande dans la Déclaration
finale de la Conférence de Lyon.
2/
La publication par le secrétariat -contre l’avis
du Président- d’un appel à candidature
pour le Secrétariat exécutif avec une
définition de poste digne d’une grande
organisation internationale qui ne tenait aucun compte
de la situation réelle du FSN aujourd’hui
et du besoin de restructuration.
3/
Le fait que le Secrétaire exécutif s’adresse
directement aux membres fondateurs pour proposer de
« persévérer dans la politique menée
avec succès à ce jour » !
C’est
pourquoi, sauf à pouvoir mener cette restructuration,
la situation actuelle m’amène, dans l’exercice
de la responsabilité que vous m’avez confiée,
à recommander à notre Conseil de Fondation
de proposer à l’autorité suisse
de surveillance, conformément à l’article
23 de nos statuts, le non renouvellement du Fonds à
l’issue de la période de 5 ans et le Fonds
n’étant plus à même d’atteindre
ses buts, de prononcer sa dissolution conformément
à l’article 88 du Code Civil suisse.
Pour faire vivre la solidarité numérique
Fort
heureusement cette dissolution du Fonds ne constitue
pas la dissolution de la solidarité numérique,
pour laquelle nos membres fondateurs ont œuvré.
Même si l’application du 1% de solidarité
numérique est aujourd’hui un échec,
le travail accompli par le Fonds comme je ai toujours
tenu à le souligner, a permis de faire mûrir
l’idée de la solidarité numérique.
La
solidarité numérique doit prendre et va
prendre d’autres formes.
Notre
réunion de Lyon a prouvé la vitalité
de cette idée généreuse. Je suis
convaincu que nos membres fondateurs avec bien d’autres
auront à cœur de mettre en œuvre les
objectifs de la déclaration de Lyon en s’appuyant
sur les différentes initiatives et structures
existantes et tout particulièrement l’Agence
Mondiale de Solidarité Numérique qui entend
animer et élargir le réseau mondial des
acteurs de la solidarité numérique réunis
à Lyon.
Les
programmes engagés sur l’éducation,
la médecine, la collecte d’ordinateurs,
se poursuivront.
J’ai
aussi la certitude que les pays fondateurs auront la
volonté de poursuivre les objectifs du FSN sous
des formes nouvelles qu’il leur appartient de
définir.
Je suis convaincu enfin que ces pays fondateurs sauront
unir leurs efforts pour inscrire l’idéal
de la solidarité numérique sur l’agenda
diplomatique des politiques publiques de développement
et la concrétiser dans un vrai partenariat Nord-Sud.
Ayant
œuvré bénévolement, avec beaucoup
d’autres, depuis plus d’un an pour la solidarité
numérique, sans compter ni mon temps ni mes efforts,
ayant aussi contribué à mettre en oeuvre
des actions que j’entends poursuivre, je reste
pour ma part plus que jamais acquis à la cause
de la solidarité numérique. Je suis convaincu
que nous restons nombreux dans cette disposition d’esprit.
Alain Madelin
Président du FSN
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